Monchy le Preux est le village dans lequel j’ai grandi, a été rasé en avril 1917. Le samedi 14, un assaut est lancé avec le Régiment de Terre-Neuve et d’Essex pour le reprendre aux Allemands qui l'occupent depuis 3 ans. Sur 600 hommes, seuls 10 survivants : 9 terre-neuviens et 1 anglais.

Ce qui restait du village de Monchy-le-Preux en avril-mai 1919 : 

    Ce qui restait du village de Monchy-le-Preux en avril-mai 1919.
    Crédit: Ministre de la Défense nationale / Bibliothèque et Archives Canada /PA-004367.

    Un énorme Caribou trône au centre du village reconstruit depuis et désormais cerné de cimetières militaires, de larges champs sans vie où sont toujours enfouis corps et engins de guerre. J’ai toujours connu ces paysages sans vraiment comprendre ce qui s’était passé et personne dans le village ne savait me le dire. Même le caribou était devenu un simple cerf pour nous et Terre-neuve une simple plaque rouillée sur le monument. Les soldats allemands avaient laissé un meilleur souvenir aux habitants car ils n’étaient pas responsables des bombardements et de la destruction. 

    Les champs avaient absorbé les soldats et la reconstruction notre mémoire collective.

    Ma famille a quitté le village pendant un temps, je suis parti vivre en ville en oubliant encore plus. Puis au détour d’une navigation nocturne sur internet, j’ai retrouvé Terre-Neuve. Des histoires de marins qui n’avaient pas de sens pour moi, mais j’avais maintenant une île avec une histoire que je pouvais explorer. Les Canadiens et les Anglais de mon enfance étaient en fait des Newfoundlanders. De rencontres en lecture, ils sont devenus les descendants de ces jeunes gens morts dans les champs et les bois dans lesquels j’ai joué. D’autres caribous sont apparus dans mes recherches avec encore plus de morts, de souffrance (Il y a 7 caribous dans le monde). J’ai voulu comprendre pourquoi des gamins décidaient de traverser un océan pour sauver un roi en se battant sur un sol étranger qui finira par les engloutir.

    Je suis arrivé pour la première fois à Saint-Jean de Terre-Neuve un 1er juillet. La cérémonie en hommage aux soldats morts à Beaumont-Hamel avait lieu avant la fête nationale du Canada (Terre-Neuve est canadienne depuis).

    Il faisait beau, il y avait de la cornemuse, du vent, des gens tristes et un iceberg. J’ai commencé à faire quelques images, certaines personnes ont pleuré. Presque 100 ans après la guerre, la mémoire de ces soldats était intacte. Je suis revenu cinq fois à Terre-Neuve depuis par tous les moyens, à toutes saisons, à tout prix et parfois dans les pires moments de ma vie.

    De ces voyages, j’ai fait des centaines de photographies. Mon vieil appareil moyen-format à presque terminé sa vie là-bas.

    Mon livre va explorer en images cette histoire. Voici 6 photographies qui seront dans le livre : trois de Terre-Neuve et trois de France.

    Lest we forget



    Merci à Eric, Allison, Agathe, Nicolas, Antoine, Vanessa, Michael pour leur aide.

    un iceberg à l'entrée du port de Saint Jean de Terre-Neuve vu depuis Signal Hill

    Cérémonie du 1er juillet en hommage aux soldats mort à Beaumont-Hamel à Saint Jean de Terre-Neuve

    Une baleine au large de Terre-Neuve à Whitless Bay

    Champ de blé à l'entrée du Village de Monchy le Preux. Souvent les canadiens et terre-neuviens imaginent les champs du nord complètement rouges à cause des coquelicots. Malheureusement l'agriculture intensive a éliminé les fleurs. Le coquelicot est le symbole des troupes anglaises, le bleuet celui des soldats français mais les terre-neuviens utilisent le "Forget Me not" (le Myosotis en france).

    Obus sur le bord de la route.